Seuil, vestibule, couloir, véranda, non-lieux : les espaces qui n'ont pas de fonction propre.
Un bâtiment ne fait pas passer du dehors au dedans d'un seul coup. Il ménage des degrés : une marche, un porche, une porte, un vestibule, un couloir. Ces éléments n'ont pas de fonction propre — on n'y dort pas, on n'y mange pas — et ce sont les premiers sacrifiés quand la surface manque. Une bonne part de l'inconfort des logements récents vient de là.
Le seuil est le plus petit de ces dispositifs et le plus chargé symboliquement : la barre que l'on enjambe, la porte devant laquelle on s'annonce, le geste de porter une mariée. Il a presque disparu de la construction contemporaine, pour des raisons d'accessibilité qui sont bonnes, mais l'articulation qu'il assurait n'a pas toujours été remplacée. Le vestibule prolonge la même fonction à une autre échelle : un sas où l'on quitte le manteau, où le visiteur attend, où le bruit s'arrête. Sa suppression au profit de mètres carrés habitables produit des effets très concrets — courants d'air, absence de rangement, vue directe sur la pièce de vie depuis le palier.
Le couloir est une invention relativement récente, largement diffusée à partir du XVIIe siècle, et l'historien Robin Evans a montré en 1978 qu'elle avait transformé les rapports à l'intérieur de la maison bien plus que son apparence. Il a un coût : les circulations représentent une part non négligeable de la surface d'un logement, ce qui explique que l'arbitrage entre distribution et enfilade se rejoue à chaque époque.
La véranda est le cas limite : ni dedans ni dehors, ni chauffée ni extérieure, avec un comportement thermique qui suit cette ambiguïté — surchauffe en journée, déperdition la nuit. Elle descend des jardins d'hiver du XIXe siècle, rendus possibles par le verre et la fonte.
La rubrique se termine par un texte d'une autre nature. Les non-lieux de Marc Augé, formulés en 1992, désignent les espaces de transit — aéroports, échangeurs, grandes surfaces — où le rapport à l'usager est contractuel et anonyme. La notion a fait fortune, parfois au prix d'un contresens : Augé lui-même a rappelé qu'aucun lieu n'est un non-lieu pour ceux qui y travaillent.
Ces cinq espaces ont une chose en commun : leur qualité se mesure mal. Une cuisine s'évalue en mètres carrés et en rangements, un couloir ne s'évalue qu'à l'usage, et généralement une fois qu'il est trop tard pour le corriger. C'est ce qui explique qu'ils disparaissent des plans avant d'être regrettés dans les logements construits.

Aéroports, autoroutes, supermarchés : ce que Marc Augé appelle non-lieux, pourquoi la notion a fait fortune, et les critiques qui lui ont été adressées.

Véranda, jardin d'hiver, engawa, porch : les architectures ont inventé une pièce entre l'intérieur et l'extérieur. Ce qu'elle apporte et ses limites.

Le couloir est une invention récente qui a transformé la maison. Ce qu'il a permis, ce qu'il coûte en surface, et pourquoi il fascine les photographes…

Vestibule, antichambre, salle des pas perdus : des pièces dont la fonction est de retarder l'entrée. Ce qu'elles servaient à régler et ce qu'il en res…

Le seuil n'est pas une limite mais un lieu avec son épaisseur, ses usages et ses rites. Ce que l'architecture en a fait, et ce qu'elle en a supprimé.