Les trois crépuscules, l'entre-saisons, les 12 jours de Noël et le dimanche soir.
Le calendrier et l'horloge découpent le temps en unités nettes que l'expérience ne reconnaît pas. Entre le jour et la nuit il y a trois crépuscules successifs ; entre l'hiver et le printemps une saison que la langue ne nomme pas ; entre Noël et l'Épiphanie 12 jours qui n'appartiennent tout à fait à aucune des deux années.
L'aube et le crépuscule sont les seuls de ces intervalles à être définis avec précision. L'astronomie en distingue trois, selon la hauteur du soleil sous l'horizon : le crépuscule civil, jusqu'à 6° ; le nautique, de 6° à 12° ; l'astronomique, de 12° à 18°. Leur durée n'a rien de fixe : elle dépend de la latitude et de la saison, et au-delà du cercle polaire le crépuscule astronomique peut ne jamais s'achever en été. C'est un bon exemple d'un intervalle mesurable dont la perception, elle, ne l'est pas.
L'entre-saisons illustre le cas inverse. Trois découpages coexistent sans se recouvrir : les saisons astronomiques, qui commencent aux équinoxes et aux solstices ; les saisons météorologiques, calées sur le premier jour de mars, juin, septembre et décembre ; et la phénologie, qui date le printemps sur la floraison et le retour des oiseaux plutôt que sur le calendrier. Les trois donnent des dates différentes pour le même événement, ce qui explique une part des désaccords sur la question de savoir quand une saison commence.
Les 12 jours entre Noël et l'Épiphanie sont un intervalle d'origine technique devenu rituel : l'écart entre l'année lunaire et l'année solaire a laissé un reliquat de jours, que les traditions européennes ont peuplé de coutumes particulières. C'est l'un des rares cas où l'on peut suivre le passage d'un problème de calcul à un usage social.
Le dimanche soir ferme la rubrique par le plus modeste de ces intervalles, et le plus discuté. Le sujet est très commenté et peu étudié sérieusement ; l'article distingue ce qui repose sur des enquêtes d'employeurs de ce qui repose sur des données solides, comme la surmortalité cardiovasculaire du lundi matin, documentée depuis les années 80.
Ces quatre textes partagent une même observation. Un intervalle défini par un instrument — le soleil sous l'horizon, la date d'un équinoxe — reste un intervalle vécu, et les deux ne coïncident presque jamais. L'écart n'est pas une erreur de perception : il indique que la limite pertinente n'est pas celle que l'instrument mesure.

Le malaise du dimanche soir : ce que mesurent vraiment les enquêtes, le mécanisme d'anticipation, et l'excès d'accidents cardiaques du lundi matin.

Entre Noël et l'Épiphanie, douze jours qui ont longtemps eu un statut à part. Origine calendaire, coutumes européennes et ce qu'il en reste aujourd'hu…

Le calendrier ne connaît que quatre saisons, l'expérience en connaît davantage. Ce que recouvre l'entre-saisons, du dégel aux étés indiens.

Trois crépuscules successifs, une heure bleue, une heure dorée : ce que recouvrent précisément ces moments, et pourquoi la lumière y change si vite.