Hypnagogie, inertie du réveil, rêverie, paralysie du sommeil : quatre états intermédiaires.
Chacun franchit deux fois par jour la limite entre la veille et le sommeil, et cette traversée n'est jamais instantanée. Elle dure quelques minutes le soir, parfois davantage le matin, et pendant ce laps la conscience fonctionne selon des règles qui ne sont ni celles de la veille ni celles du rêve. C'est l'un des rares entre-deux que l'on peut observer en laboratoire, et il est pour cette raison mieux documenté que la plupart des autres.
Le vocabulaire distingue deux versants. L'endormissement produit les images hypnagogiques : formes géométriques, visages, phrases entendues, chutes brusques. Le réveil produit les images hypnopompiques et surtout l'inertie du sommeil, cette période où les performances cognitives restent au-dessous de leur niveau habituel alors que la personne est debout et parle. Les deux versants ne sont pas symétriques : le premier fabrique surtout des images, le second surtout de la lenteur.
Trois des quatre états décrits ici sont banals. Le quatrième, la paralysie du sommeil, l'est également plus qu'on ne le croit : la méta-analyse de Brian Sharpless et Jacques Barrero (2011) situe autour de 8 % la proportion de personnes de la population générale ayant connu au moins un épisode, avec des chiffres nettement plus élevés chez les étudiants. Le mécanisme est connu — l'atonie musculaire propre au sommeil paradoxal persiste alors que la conscience est revenue — et l'épisode est sans danger, quelle que soit l'intensité de la frayeur qu'il provoque.
La rêverie éveillée sort du domaine du sommeil proprement dit. Elle occupe une part considérable du temps de veille et la recherche sur le vagabondage de l'esprit reste discutée quant à ses effets : l'étude de Matthew Killingsworth et Daniel Gilbert (2010) est très citée, souvent au-delà de ce qu'elle établit réellement.
Ces quatre articles s'en tiennent à la description du phénomène et de son mécanisme. Ils ne proposent aucun protocole de sommeil et ne remplacent pas l'avis d'un médecin en cas de trouble persistant.
Une remarque vaut pour les quatre : ces états se racontent mal. Le dormeur qui se réveille en pleine image hypnagogique n'en garde souvent que quelques secondes, et le souvenir se dégrade pendant qu'il essaie de le formuler. C'est la raison pour laquelle une bonne partie des données disponibles provient de protocoles de laboratoire avec réveils provoqués, et non de questionnaires remplis le lendemain. Les deux méthodes ne donnent pas les mêmes résultats, et l'écart entre elles est lui-même un objet d'étude.

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