L'entre-deux
Édition 2026Ce qui se passe entre deux états, deux lieux, deux moments
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Le sommeil et les états de conscience

La rêverie éveillée

Portrait peint d'une femme en veste bleue, le menton posé sur ses mains, le regard perdu au loin.
Photo: Anton Faistauer — Public domain · Wikimedia Commons

Un état intermédiaire fréquent

La rêverie éveillée occupe une place singulière : ni sommeil ni attention dirigée. Une étude devenue classique de Matthew Killingsworth et Daniel Gilbert, publiée dans Science en 2010, a interrogé des milliers de participants à des moments aléatoires de leur journée. Leur esprit était occupé à autre chose que leur activité en cours dans environ quarante-sept pour cent des relevés. Ce chiffre, souvent cité, indique surtout que le vagabondage mental n'est pas une défaillance occasionnelle mais un mode de fonctionnement ordinaire.

Le réseau du mode par défaut

L'imagerie a identifié un ensemble de régions cérébrales plus actives lorsque l'on ne fait rien de particulier que pendant une tâche : le réseau du mode par défaut, décrit par Marcus Raichle au début des années deux mille. Il est associé à la mémoire autobiographique, à la projection dans l'avenir et à la représentation du point de vue d'autrui. La rêverie n'est donc pas un temps mort neurologique. C'est un régime de fonctionnement qui mobilise des ressources et qui traite des questions différentes de celles de la tâche en cours.

Rêverie ou rumination

La distinction est cruciale et souvent négligée. La rêverie se caractérise par un contenu mobile, souvent tourné vers l'avenir ou vers des scénarios imaginaires, et elle laisse en général une impression neutre ou agréable. La rumination tourne autour d'un même contenu, presque toujours passé, et se solde par une humeur dégradée. Les mêmes conditions extérieures, une tâche monotone par exemple, peuvent produire l'une ou l'autre. Repérer laquelle est en cours vaut mieux que chercher à supprimer le vagabondage en bloc.

L'ennui comme condition

Plusieurs expériences suggèrent qu'une activité peu exigeante favorise les associations inhabituelles. Des travaux de Sandi Mann et Rebekah Cadman ont montré que des participants soumis à une tâche fastidieuse produisaient ensuite davantage d'idées originales qu'un groupe témoin. L'effet reste modeste et discuté, mais il rejoint une observation ancienne : la marche, la douche et les trajets sont les circonstances les plus souvent citées pour l'apparition d'une solution attendue en vain devant un écran.

Lui laisser une place

La disponibilité mentale a considérablement reculé avec l'occupation systématique des interstices, files d'attente, transports, salles d'attente. La conséquence n'est pas seulement une fatigue attentionnelle : c'est la disparition des moments où le réseau décrit plus haut peut fonctionner. Réserver quelques trajets sans écouteurs, ou une marche sans destination, n'a rien d'un exercice spirituel. C'est simplement rendre possible un mode de traitement que l'esprit utilise spontanément dès qu'on lui en laisse l'occasion.

Questions fréquentes

Le vagabondage mental rend-il malheureux ?
L'étude de Killingsworth et Gilbert conclut à une humeur légèrement moins bonne pendant ces épisodes, y compris agréables. Des travaux ultérieurs nuancent en distinguant vagabondage choisi et involontaire.
Peut-on rêvasser volontairement ?
On peut créer les conditions, tâche simple et absence de sollicitation, mais le contenu ne se dirige pas. C'est précisément ce qui distingue la rêverie de la planification.
Est-ce mauvais pour la concentration ?
Pendant une tâche exigeante, oui, l'effet sur la performance est mesurable. En dehors, le vagabondage semble jouer un rôle utile de consolidation et de planification à long terme.