La véranda : ni dedans ni dehors

Un type que toutes les cultures ont inventé
L'espace intermédiaire entre le logement et le jardin existe sous des formes différentes et à peu près partout. La véranda européenne, le jardin d'hiver du dix-neuvième siècle, l'engawa japonaise, le porch nord-américain, le riwaq du monde arabe, la loggia italienne. Le mot véranda lui-même arrive en français par l'anglais des Indes, à partir d'un terme portugais désignant une galerie. Cette convergence indique une fonction robuste plutôt qu'une mode : disposer d'un lieu couvert mais non clos, ou clos mais non chauffé.
Ce qu'elle règle
La véranda remplit trois fonctions distinctes. Elle protège la façade et l'entrée des intempéries et du soleil direct, ce qui améliore le confort d'été des pièces situées derrière. Elle offre un usage saisonnier, en prolongeant nettement la période où l'on peut s'installer dehors au printemps et à l'automne. Elle constitue enfin un espace social intermédiaire, où l'on reçoit sans introduire dans la maison, fonction très nette dans le porch américain, qui donne sur la rue et rend possible la conversation avec les passants.
Le piège thermique
Une véranda contemporaine mal conçue devient inutilisable la moitié de l'année : surchauffe en été, froide et humide en hiver. Les causes sont connues. Une orientation plein sud sans protection solaire produit un effet de serre difficile à corriger. Une ventilation insuffisante empêche l'évacuation de la chaleur accumulée. Le chauffage d'un volume très vitré consomme énormément. Les réponses techniques existent, casquette ou store extérieur, ouvrants en partie haute et basse, vitrage à contrôle solaire, mais elles doivent être prévues dès la conception.
Une pièce à ne pas fermer complètement
L'erreur la plus fréquente consiste à traiter la véranda comme une pièce ordinaire que l'on chauffe et meuble en conséquence. Elle perd alors son intérêt : elle devient une extension mal isolée, coûteuse et sans le rapport au dehors qui la justifiait. Les vérandas qui fonctionnent conservent un statut intermédiaire assumé, avec une température qui suit partiellement les saisons et un usage qui varie dans l'année. C'est un espace tampon, non une pièce de plus.
L'engawa comme contre-modèle
L'engawa japonaise offre un exemple instructif parce qu'elle refuse le vitrage. Il s'agit d'une galerie de bois courant le long de la façade, abritée par le débord de toiture, fermée le cas échéant par des panneaux coulissants. Elle ne cherche pas à gagner de la surface habitable mais à établir une gradation entre le jardin et la pièce. On s'y assoit, on y pose les pieds, on y regarde. Sa modestie de moyens rappelle qu'un espace intermédiaire n'a pas besoin d'être une construction lourde.