L'entre-deux
Édition 2026Ce qui se passe entre deux états, deux lieux, deux moments
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Le concept

Qu'est-ce que l'entre-deux ?

Une porte dégondée, appuyée contre une poutre dans un grenier en travaux éclairé par des fenêtres ogivales.
Photo: Dietmar Rabich — CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Un état, un espace, un moment

L'entre-deux désigne ce qui se trouve entre deux choses distinctes sans appartenir tout à fait ni à l'une ni à l'autre. Le mot fonctionne dans trois registres à la fois. Il nomme un espace : le palier, le vestibule, la bande de terre entre deux frontières. Il nomme un moment : l'aube, le crépuscule, les jours creux entre deux fêtes. Il nomme enfin un état, celui de qui a quitté une situation sans être encore installé dans la suivante. Ces trois usages ne sont pas des métaphores les uns des autres. Ils décrivent la même structure, celle d'un intervalle qui possède ses propres règles.

Ni l'un ni l'autre, et pourtant quelque chose

La difficulté du terme tient à sa formulation négative. On définit spontanément l'entre-deux par ce qu'il n'est pas : plus tout à fait ceci, pas encore cela. Cette définition en creux est trompeuse, car elle laisse croire à un vide qu'il faudrait traverser au plus vite. L'observation dit le contraire. Un intervalle possède une consistance propre, des règles de conduite, parfois un vocabulaire. Le convalescent n'est pas un malade au ralenti : il vit dans un régime particulier, avec ses permissions et ses interdits. C'est ce caractère positif de l'intervalle qui intéresse l'anthropologie depuis un siècle.

Une notion venue de plusieurs disciplines

Le terme a plusieurs foyers. L'ethnologie française l'aborde dès 1909 avec Arnold van Gennep, qui découpe les rites de passage en trois phases dont celle du milieu, la marge. L'anthropologie britannique reprend l'idée dans les années soixante avec Victor Turner et sa notion de liminalité. La psychanalyse s'en empare avec Daniel Sibony, qui publie en 1991 un ouvrage consacré à l'entre-deux comme origine en partage. Les études postcoloniales enfin, avec Homi Bhabha, parlent de tiers-espace. Ces traditions ne se citent pas toujours entre elles, mais décrivent un même objet.

Reconnaître un entre-deux plutôt que de le définir

Plutôt que de chercher une définition close, il est plus utile de repérer les signes qui trahissent un intervalle. Le premier est la suspension des repères habituels : l'agenda se vide de ses rendez-vous obligés, le vocabulaire manque pour répondre à la question de ce que l'on fait en ce moment. Le deuxième est l'ambivalence du sentiment, qui mêle soulagement et inquiétude sans que l'un l'emporte. Le troisième est la difficulté à dater : on sait quand la période a commencé, jamais quand elle se termine. Quand ces trois traits se présentent ensemble, il s'agit rarement d'un simple retard dans un projet.

Pourquoi le mot revient aujourd'hui

L'expression circule désormais bien au-delà des sciences humaines. On la retrouve dans le vocabulaire du travail, où les carrières comportent davantage de ruptures qu'auparavant, et dans celui de la santé mentale, où l'on nomme plus volontiers les périodes indécises. Cette diffusion large a un coût, celui d'un usage flou où l'entre-deux devient un synonyme commode d'incertitude.

Questions fréquentes

L'entre-deux est-il forcément désagréable ?
Non. Il est souvent vécu comme inconfortable parce qu'il suspend les repères habituels, mais les mêmes conditions rendent possibles des changements impensables autrement. C'est précisément l'argument de Victor Turner sur la phase liminale.
Faut-il écrire entre-deux avec un trait d'union ?
Oui lorsqu'il s'agit du nom commun, qui reste invariable au pluriel : des entre-deux. Sans trait d'union, entre deux reste une simple locution suivie d'un complément.
Quelle différence avec la liminalité ?
La liminalité est un terme technique de l'anthropologie qui désigne la phase de marge d'un rite. L'entre-deux est plus large : il couvre aussi des états ordinaires sans cadre institué.