L'entre-deux
Édition 2026Ce qui se passe entre deux états, deux lieux, deux moments
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Psychologie et vie intérieure

Tolérer l'incertitude

Une route déserte disparaît dans le brouillard un matin d'hiver ; une silhouette marche sur le trottoir.
Photo: Ramesh Lalwani — CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Un trait mesurable

L'intolérance à l'incertitude est un concept issu des travaux québécois de Michel Dugas et Robert Ladouceur dans les années quatre-vingt-dix. Elle désigne la difficulté à supporter l'absence d'information, indépendamment du contenu de cette information. Les personnes qui en présentent un niveau élevé jugent l'incertitude non seulement désagréable, mais injuste et dangereuse. Ce trait est mesuré par des questionnaires validés et se révèle un bon prédicteur du trouble anxieux généralisé, mieux que le contenu des inquiétudes elles-mêmes.

Le rôle de la rumination

Face au manque d'information, un réflexe consiste à y suppléer par la pensée : envisager tous les scénarios, préparer chaque réponse, anticiper chaque conséquence. Cette activité donne un sentiment de maîtrise, ce qui explique qu'elle se maintienne. Elle ne réduit pourtant pas l'incertitude, puisque l'information manquante n'existe pas encore. Elle en prolonge au contraire l'emprise en gardant le problème actif toute la journée. La rumination est ainsi une réponse compréhensible à l'entre-deux, mais qui l'entretient.

La recherche de réassurance

Un second mécanisme est plus discret : demander confirmation. Reposer la même question à plusieurs personnes, relire un contrat, vérifier une information déjà vérifiée. Chaque vérification apaise quelques minutes, puis le doute revient, un peu plus exigeant. Les cliniciens décrivent une spirale bien identifiée : plus on cherche à être rassuré, moins la réassurance tient longtemps. Réduire progressivement le nombre de vérifications, plutôt que les supprimer d'un coup, est ce qui donne les meilleurs résultats en pratique.

Distinguer les deux inquiétudes

Dugas propose une distinction opérante entre les inquiétudes portant sur un problème actuel, sur lequel une action est possible, et celles portant sur une situation hypothétique, sur laquelle aucune action n'a de prise aujourd'hui. Les premières appellent une résolution de problème : lister les options, en choisir une, agir. Les secondes n'appellent aucune solution et se traitent autrement, en apprenant à laisser la question ouverte. Confondre les deux conduit à chercher des solutions à des problèmes qui n'existent pas encore.

S'exercer à ne pas savoir

La tolérance à l'incertitude se travaille comme une capacité, par exposition graduée. Concrètement : prendre une décision mineure sans lire tous les avis, envoyer un message sans le relire trois fois, laisser un projet démarrer sans que tout soit planifié. L'objectif n'est pas de devenir indifférent au risque, mais de constater que l'inconfort de ne pas savoir décroît de lui-même. Comme pour toute exposition, la progression compte plus que l'ampleur : une série de petits pas réussis vaut mieux qu'un grand saut abandonné.

Questions fréquentes

L'incertitude est-elle toujours anxiogène ?
Non. La même incertitude peut être vécue comme excitante ou menaçante selon les enjeux et la personne. C'est le degré d'intolérance, et non l'incertitude, qui prédit la détresse.
Chercher plus d'informations aide-t-il ?
Jusqu'à un certain point seulement. Au-delà, la recherche d'information fonctionne comme une réassurance et entretient le doute plutôt que de le lever.
Quand consulter ?
Lorsque l'inquiétude occupe la plus grande partie des journées depuis plusieurs mois, perturbe le sommeil ou empêche de décider. Les thérapies cognitivo-comportementales ciblant ce trait ont une efficacité bien documentée.